Certaines personnes, quelque soit la situation, ont tendance à se sur-adapter. Cela peut être très difficile de lâcher prise et d’être réellement soi-même au quotidien, dans certains milieux par rapport à d’autres. Ceci est ce que l’on nomme le faux-self. 

Beaucoup de personnes à haut potentiel se protègent ainsi du monde extérieur et ne parviennent pas immédiatement à se défaire de cette armure. 

Marie-Anna Morand a été interviewée pour aborder  le lien entre le faux-self et les personnes concernées par la douance. Elle nous partage des clés concrètes pour oser nous montrer tels que nous sommes et nous reconnecter à notre authenticité. 

Le faux-self : C’EST QUOI EXACTEMENT ?

Le faux-self est un concept qui a été élaboré par Donald Woods Winnicott. Il s’agit d’un masque social que nous construisons afin de permettre des interactions avec l’extérieur, en modulant la distance que l’on garde par rapport à l’autre en fonction des situations. Entre la courtoisie qui est de mise avec les inconnus, et une relation plus impliquante et personnelle. Durant l’enfance, on nous apprend à être poli en société. En grandissant, nous continuons à nous adapter aux groupes, à faire preuve de retenue en fonction des situations et des codes sociaux que nous avons intégrés. 

Quand on crée des relations plus privées, plus personnelles et amicales, alors on laisse plus facilement ce masque social de côté et on devient plus spontané, et moins soucieux de faire bonne figure ou de protéger son intimité. Avoir un faux-self est ce qui va permettre la vie sociale et la capacité d’adaptation.

ÊTRE ENFOI SOI-MÊME : COMMENT FAIRE ?

Quand on découvre que l’on a un faux-self, le piège absolu est de se mettre à penser de façon manichéenne : croire qu’il y a le faux-self qui doit être absolument détruit en cachant notre identité perdue, et qu’en arrière-plan se trouve le vrai-self, notre vrai visage qu’il faudrait retrouver. De cette façon, on se met à effectuer la chasse aux « fakes » et cela devient une quête perdue et douloureuse dans laquelle on peut se perdre. 

En réalité, la première chose à faire est de se rendre compte que notre faux-self fait partie de nous, est utile et a son rôle. Le but n’est pas de le détruire, mais de le remettre à sa juste place. C’est celui-ci qui nous a permis de survivre durant toutes ces années. Il ne faut pas vouloir lui nuire, mais plutôt le remercier et se rendre compte de la chance que l’on a eu de l’avoir. C’est comme un protecteur. 

À un moment donné, il prend tellement de place qu’il nous étouffe et ne nous donne plus la possibilité d’exister et de donner du sens à sa vie. Il faut arrêter de croire que le faux-self est malveillant et qu’il a son identité réelle cachée derrière. Ce que Winnicott appelle le vrai-self, ce n’est pas un vrai visage, ce n’est pas une identité perdue et cachée, c’est la créativité de l’enfant qui joue. 

première étape : renouer avec sa créativité

Il faut reprendre le processus là où il s’est arrêté. Le faux-self qui a pris toute la place parce que l’enfant ne s’est pas senti compris, entendu, rassuré. Personne n’a réussi à faire en sorte qu’il se sente en sécurité. Il va falloir comprendre que si aujourd’hui on a un faux-self, c’est parce qu’on a manqué de ce sentiment de sécurité et que finalement, on ne fait confiance à personne. C’est-à-dire que l’on ne laisse personne accéder vraiment à notre vulnérabilité. On ne laisse la parole de personne nous toucher ou nous apaiser réellement.

Lorsqu’une personne possède un faux-self défensif et fermé quand on va lui parler, le faux-self fera écran; il empêchera certaines paroles susceptibles de la perturber émotionnellement et intérieurement, puis laissera une distance. Les câlins, comme les mots doux, peuvent laisser l’impression que cela ne touche pas ces personnes et ne les affecte pas. En réalité, cela les affecterait trop si elles n’avaient pas cette barrière. 

Fondamentalement, cela signifie que l’on a perdu la capacité à faire confiance et à montrer sa vulnérabilité à l’autre. Pour retrouver sa créativité, il faut simplement recommencer à faire confiance à quelqu’un, au moins à une personne.

L’IMPORTANCE DE PRENDRE SON TEMPS

Tout d’abord, il faut apprendre à vivre avec son faux-self, sans le mettre à l’écart. Cela permet de bien comprendre qu’il a une utilité et que l’on va pouvoir l’ajuster en permanence. Le souci est que quand on découvre son faux-self, subitement, on se dit que tout ce que l’on a construit avec celui-ci n’était pas bien, et qu’il faut tout détruire et tout recommencer. Certains agissent de cette manière, selon les raisons pour lesquelles ils ont construit un faux-self. C’est le cas des personnes qui ont rencontré des situations douloureuses : celles qui ont eu des parents qui les ont obligées à adopter tel type de posture ou tel type de comportement, qui ont choisi à leur place leurs études, et qui ont tout probablement indirectement contrôlé la vie de leur enfant. 

Quelques personnes, en réalisant cette situation, peuvent la vivre difficilement et vont changer radicalement leur vie : en changeant de travail, en reprenant les études qu’ils ont toujours voulu faire, en quittant leur conjoint, en se mettant à faire du sport alors qu’ils n’en avaient jamais fait auparavant… Elles veulent changer tout ce qui subitement n’a plus de sens pour elles. 

Certains vont aller trop vite dans ce processus et ne prendront pas le temps de se questionner sur ce qui est toujours essentiel à garder et ce qui doit être changé. Il est important de prendre le temps de se réapproprier qui on est vraiment. Beaucoup de personnes ne le font pas, et cela crée un immense chaos dans leur vie. 

D’autres ont la faculté de changer leur posture face aux situations. Au lieu de changer de travail, ils vont changer leur façon de travailler et leur façon d’habiter leur posture de travail. Au lieu de changer de conjoint, ils vont changer le type de relation avec le conjoint, de même avec les personnes qu’ils fréquentent. 

Ce sont deux façons de faire qui sont complètement différentes. Selon Marie-Anna Morand, la seconde façon de faire permet un changement avec moins de heurts. 

En prenant la solution de changer de l’intérieur, on construit les fondations sur lesquelles on va continuer à penser. Ce n’est pas parce que l’on est en train de reconstruire cette fondation qu’il faut tout défaire et tout recommencer. 

Le faux-self fait partie de nous. Ce que l’on a construit avec lui ne devient pas forcément insignifiant soudainement, cela apporte également de bonnes choses. On doit se demander comment on peut essayer d’y insuffler un peu plus de vie, de nuances, de sens. On a le droit de réécrire le sens pour nous, sans forcément tout enlever. Accueillir le faux-self et admettre qu’il ait pu avoir un rôle protecteur permet de l’accepter plus facilement. 

Souvent cela va dépendre de la raison pour laquelle il a été construit.

faux-self et haut potentiel : quel lien ?

La construction d’un faux-self n’est pas spécifique aux personnes à haut potentiel. Tout le monde est susceptible d’en construire un. Cependant, les particularités des publics haut potentiel font que c’est un mécanisme de défense qu’ils utilisent beaucoup. 

Un enfant qui n’aurait pas été diagnostiqué, par exemple, va avoir plus de chances de se sentir incompris dans sa différence de façon constante. Il pourrait avoir une sensibilité et des crises d’angoisse intenses que les adultes ne comprennent pas forcément car ils ne s’attendent pas à ce qu’un enfant de cet âge ait des débats existentiels aussi poussés. L’enfant HP peut avoir beaucoup plus facilement recours à ce type de système de défense, car ses particularités font qu’il n’est probablement pas toujours aussi compris qu’un autre enfant. 

Un enfant qui aurait été diagnostiqué et bien accompagné peut très tôt apprendre à construire un faux-self social normal pour être capable de s’adapter en société. 

Souvent, quand l’enfant n’a pas été contenu et compris dans sa différence, il peut créer un faux-self plus aisément. Surtout avec son niveau d’empathie, sa capacité à comprendre rapidement les attentes des adultes ou des autres enfants : il sera très facilement enclin à faire le caméléon. Tout comme les enfants qui vont faire le clown en classe, les caïds, etc… et c’est une autre forme de faux-self, une autre expression. 

Le processus pour retrouver sa créativité sera le même pour tous. Cependant, le danger pour les personnes HP est qu’elles vont avoir du mal à choisir la figure rassurante. Comme elles ont une capacité intense à repérer les failles et les défauts des autres, subitement, elles sont en recherche du parent idéal, de la figure rassurante. Elles développent un désir de retrouver la figure parentale toute puissante qui serait sans faille, mais ce n’est absolument pas possible. 

Il va falloir apprendre à faire confiance à des personnes imparfaites, et ce n’est pas simple pour tout le monde.

 

SE LIBÉRER DU FAUX-SELF : 3 CLÉS

La première clé est qu’il faut renoncer au mythe du faux-self qu’il faut absolument détruire pour retrouver ce vrai-self que l’on croit être une vraie identité à retrouver. Il faut arrêter de lui faire la guerre, car c’est un mécanisme de défense. Plus on ira contre son faux-self, plus il prendra de la place. Il faut accepter le fait qu’il ait été utile. Il faut comprendre que notre vrai-self est notre capacité de création, notre capacité à jouer tous les rôles d’une vie, comme les enfants qui jouent le personnage qu’ils ont choisi. Il faut renoncer à la croyance qu’il y a le vrai et le faux, et qu’il faut détruire l’un pour retrouver l’autre ; cela ne fonctionne pas comme ça. 

La deuxième clé est de réapprendre à faire confiance à au moins une personne, si possible plus. Retrouver une personne qui va jouer ce rôle qui nous a manqué : c’est l’image symbolique des bras du parent rassurant qui prend dans ses bras physiquement, mais qui peut aussi aider par la parole, par l’écoute, par des petits actes. On sait que l’on est vulnérable, on se sent entendu et on trouve la personne rassurante. 

La troisième clé est de renouer avec sa créativité. À partir du moment où on a trouvé quelqu’un qui va nous rassurer, il faut recommencer à jouer, à expérimenter, à tenter tous les positionnements, toutes les nuances, tous les types de relation à l’autre. Dès que l’on sait qu’une personne peut nous rassurer, on peut enfin tenter d’expérimenter cela, car c’est de cette façon que l’on pourra retrouver sa créativité.

 

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